Les arts funéraires du peuple malgache

Par Emmanuelle Razafinjato, le 
Terre des ancêtres, Madagascar possède un patrimoine funéraire d’une richesse exceptionnelle. Entre sculptures symboliques, tombeaux monumentaux et traditions ancestrales comme le Famadihana, partez à la découverte d’un univers culturel fascinant où les vivants et les morts restent intimement liés.

Quand les ancêtres accompagnent les vivants

Un voyage à Madagascar est un périple au cœur des traditions culturelles et ancestrales, et vous plonge très souvent dans le monde des ancêtres. Et oui, on dit de Madagascar qu’elle est la terre des ancêtres !

Vos routes seront semées de fêtes traditionnelles, comme celles du « Famadihana », ou retournement des morts. Les tombeaux et les sites funéraires feront également partie du voyage.

Les Malgaches croient en un dieu unique : Zanahary, ou littéralement « celui qui a créé ».

Créateur de l’univers, Zanahary est le garant de l’ordre du monde dans la tradition cultuelle malgache. Entre Zanahary et les habitants de la Terre, les ancêtres sont les intermédiaires et rien ne peut se faire sans leur accord. 

Les morts ne sont pas morts.

Proverbe local

Pour le Malgache, tout projet important nécessite l’approbation et le conseil de ses ancêtres. Il entrera alors en contact avec eux à travers des rituels cérémonieux alliant prières, danses en transe et offrandes destinées à gagner la faveur des défunts.

Ce culte des ancêtres a donné lieu à un art funéraire d’une grande richesse, exprimé dans un savoir-faire artisanal très varié et propre à chaque région. Les tombeaux malgaches sont en bois, en pierre, ou associent les deux matériaux. La construction en pierre est toutefois relativement récente, les constructions en dur ayant été interdites jusqu’au début du XIXe siècle.

Les aloalo, sculptures entre mémoire et symboles

Nous retrouvons des sculptures funéraires (aloalo) sur les tombeaux des Sakalava dans le sud-ouest, puis des Mahafaly dans le sud de l’île. À partir de la fin du XVIIIe siècle, les descendants de rois et certaines familles aisées ont remplacé les traditionnelles sépultures de pierres empilées par des enclos en bois surmontés de totems sculptés appelés « aloalo », dont certains sont de véritables œuvres d’art.

Ces sculptures représentent principalement des thèmes liés à l’amour, à la mort, à la fertilité et à la sexualité. Avec le temps, s’y sont ajoutés les emblèmes des clans et de leur place dans la société, puis, avec la colonisation, de nouveaux symboles matérialisés par des flambeaux, des poteries ou encore des personnages.

Les aloalo, toute une symbolique et de véritables chefs-d’œuvre !

Ces aloalo, pouvant mesurer jusqu’à 5 mètres de hauteur, portent souvent à leur sommet des sculptures de personnages nus dont les attributs sexuels sont volontairement exagérés. On y trouve également des statuettes représentant des scènes de vie qui racontent les événements marquants du défunt : un homme au combat, une femme travaillant aux champs avec son enfant dans le dos, ou encore des animaux comme le zébu, symbole sacré, ou l’oiseau, lien entre la terre et le ciel.

Les familles faisaient appel à des artistes spécialisés dans l’art funéraire. Ces stèles sont devenues de plus en plus élaborées au fil du temps, reflétant l’évolution du rapport de l’Homme à la vie, à la société, mais aussi une créativité nourrie par les échanges et les influences extérieures.

Réalisées dans des bois particulièrement résistants, elles ont traversé les siècles, même si beaucoup ont quitté Madagascar pour rejoindre des collections privées, emportant parfois avec elles des histoires aujourd’hui oubliées.

Aujourd’hui, l’artisanat local bénéficie encore de la notoriété de cet héritage. Les aloalo sont également reproduits pour être vendus comme objets de décoration à l’exportation. Une manière de faire vivre ce patrimoine et de contribuer à sa transmission.

Cimetière coloré avec tombes murales peintes et portraits commémoratifs sous arbres secs
Assemblée festive devant une petite église en construction dans un paysage rural malgache sous ciel dégagé
Fête traditionnelle malgache avec danseurs en costumes colorés et spectateurs enthousiastes devant une maison en brique
Bâtiment en béton sous ciel bleu

Tombeaux et traditions à travers l’île

On dit souvent des Mahafaly qu’ils passent leur vie à préparer leur mort, tant les funérailles occupent une place importante dans leur culture.

En pays sakalava, de véritables nécropoles regroupent de petites tombes cubiques ou parallélépipédiques en bois ou en pierre. Elles sont entourées d’un cadre en bois peint ou sculpté et délimitées par des enceintes de piquets.

En ce qui concerne les cercueils, ils sont plus ou moins travaillés selon le statut social du défunt. Les sculptures qui les décorent témoignent souvent de sa richesse ou de son appartenance à un groupe particulier.

Certaines communautés utilisent des cercueils fabriqués à partir de deux pièces de bois massives ou de plusieurs planches assemblées, tandis que les plus modestes recourent à de simples nattes.

Souvent, seuls les couvercles sont décorés de cannelures ou de motifs sculptés. D’autres cercueils présentent des ornements plus élaborés, peints ou sculptés, inspirés de formes géométriques ou du monde animal.

Sur les Hautes Terres, beaucoup de tombeaux familiaux sont construits en pierre et présentent des dimensions impressionnantes. Ils prennent généralement l’aspect d’une maison carrée de 2 à 3,50 mètres de hauteur et de 7 à 10 mètres de côté, surmontée d’une pierre taillée placée au centre ou dans l’angle nord-ouest.

Le Famadihana, le célèbre « retournement des morts »

Toujours sur les Hautes Terres, même si cette pratique tend à diminuer en raison de son coût, la saison du Famadihana, connue en français sous le nom de « retournement des morts », se déroule généralement entre juin et septembre.

Cette période festive est très attendue par les familles. On y partage des repas, on danse dans les rues au rythme des tambours et des violons, on se retrouve entre générations et l’on sacrifie souvent un zébu pour l’occasion.

La coutume veut que les participants effectuent sept fois le tour du tombeau au son de la musique avant que les ancêtres ne rejoignent à nouveau le caveau familial.

La cérémonie se poursuit avec l’ouverture du tombeau et le remplacement des anciens linceuls. Les défunts sont enveloppés dans de nouveaux tissus confectionnés en soie sauvage.

Les Malgaches, particulièrement ceux des Hautes Terres, ensevelissent traditionnellement leurs morts dans ces linceuls appelés « lambamena ».

Selon la richesse de la famille, plusieurs lambamena peuvent être utilisés pour un même défunt, faisant parfois durer le rituel pendant de longues heures.

Un patrimoine culturel toujours vivant

Aujourd’hui, les lambamena ne sont plus uniquement associés aux rites funéraires. Ils inspirent également des créations textiles portées lors des grandes cérémonies et des événements importants de la vie sociale malgache.

Comme beaucoup d’autres traditions de l’île, cet héritage ancestral continue ainsi d’évoluer, entre respect des croyances anciennes et adaptation au monde contemporain.

À travers ses tombeaux monumentaux, ses sculptures symboliques, ses cérémonies familiales et ses savoir-faire artisanaux, Madagascar offre aux voyageurs une immersion fascinante dans une culture où les liens entre les vivants et les ancêtres demeurent profondément ancrés.

Autant d’aspects d’un patrimoine culturel unique que Madagascar Autrement se fait fort de vous faire découvrir, au fil des rencontres et des chemins de traverse.